Socio-économie de la zone maritime OSPAR

L’Atlantique du Nord-Est comporte une gamme variée de conditions environnementales et divers écosystèmes. Ils jouent un rôle essentiel dans les types et la configuration des activités humaines dans la zone maritime OSPAR et les pressions correspondantes exercées sur le milieu marin. La zone maritime OSPAR fournit la base d’une gamme étendue de biens et de services, notamment dans le domaine de l’alimentation, du transport, de l’énergie et des infrastructures pour des millions de personnes. Les activités maritimes sont importantes pour l’économie des Parties contractantes OSPAR du point de vue de la valeur ajoutée brute et de l’emploi. On s’attend à une augmentation de nombreuses activités à l’avenir et de nouvelles activités émergeront. Les conséquences de ces activités pour les écosystèmes marins peuvent entraîner des coûts directs pour la société. D’autre part de nombreuses activités dépendent du bon état des eaux marines.

OSPAR évalue de longue date l’état du milieu marin et les pressions exercées par les activités humaines qui l’affectent mais n’a commencé que récemment à se pencher sur les analyses économiques et sociales.

Comprendre les liens entre la santé du milieu marin et le bien être des hommes peut permettre de gérer de manière efficace les activités humaines et l’exploitation durable de la mer. OSPAR, dans le cadre de sa Stratégie pour le milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est, développe et affine des méthodologies, notamment l’analyse sociale et économique des utilisations de la zone maritime OSPAR afin d’informer les futures évaluations s’agissant de déterminer si l’Atlantique du Nord-Est est exploité durablement. Ces travaux d’OSPAR étayent également une approche régionale coordonnée appliquée aux analyses économiques et sociales de l’Atlantique du Nord-Est que les Etats membres de l’Union européenne doivent réaliser dans le cadre de la Directive cadre stratégie pour le milieu marin.

Mud flats in the Wadden Sea one of the diverse ecosystems in the North East Atlantic

Ce chapitre présente des considérations préliminaires de la méthodologie liée à l’évaluation de la valeur économique et sociale de la zone maritime OSPAR et une analyse économique et sociale régionale préliminaire fondée sur les indicateurs des utilisations sélectionnées de l’Atlantique du Nord-Est, étayée par une description de leur répartition spatiale.

OSPAR a entrepris, en 2010, le développement d’une analyse socio-économique régionale afin d’aider les Etats membres de l’Union européenne (UE) dans l’application d’une approche coordonnée à l’échelle régionale pour la notification de leurs évaluations préliminaires dans le cadre de la Directive cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM) de l’UE pour la première fois en 2012. Le projet a abouti à une étude qui évalue les approches méthodologiques des Parties contractantes, collationne et vérifie les données sociales et économiques sur les utilisations de la mer des Parties contractantes afin de les comparer et entreprend une évaluation détaillée des secteurs « ports et navigation » et « loisirs et tourisme ».

Analyse économique et sociale de l’exploitation de la mer

L’une des recommandations clés de l’étude OSPAR était qu’une analyse économique et sociale de la zone maritime OSPAR exige une certaine souplesse afin de tenir compte des différentes priorités économiques et sociales des diverses Parties contractantes. Ceci signifie que l’analyse des pressions et des mesures de gestion proposées pourrait varier d’un pays à l’autre. Le rapport recommande également qu’il y a lieu que les économistes prennent une part active s’agissant de diriger les travaux et de faciliter le recueil des données. L’étude passe également en revue les différences et similitudes des analyses économiques réalisées par les pays OSPAR en indiquant que la plupart des pays ont présenté dans l’ensemble le même type de données pour la description économique et sociale des utilisations du milieu marin dans leurs évaluations nationales de 2012. Des méthodes plus diverses ont été utilisées pour l’analyse du coût de la dégradation du milieu marin et pour les scénarios « au fil de l’eau ».

Les Parties contractantes se sont efforcées de faciliter des analyses économiques et sociales plus cohérentes au niveau d’OSPAR en s’inspirant des résultats de la revue OSPAR.

Les pays s’efforcent d’aligner le recueil des données pour la description des utilisations de leurs eaux marines à titre de première étape et de contribution à l’IA 2017. Il s’agit notamment du développement d’une série minimum d’indicateurs pour les secteurs économiques pertinents à toutes les Parties contractantes, tout en conservant une certaine flexibilité dans le cadre des analyses nationales supplémentaires. La série minimum d’indicateurs comprend la valeur ajoutée brute, le personnel employé et le développement de la valeur de production. Les Parties contractantes ont tout d’abord identifié certains secteurs économiques communs pour l’analyse (pêche et aquaculture, navigation, ports, industrie pétrolière et gazière et énergie éolienne offshore). La sélection se fait à partir des secteurs qui conviennent et pour lesquels la plupart des pays possèdent des données, elle ne suggère aucun classement par importance des secteurs économiques et n’a pas l’intention de présenter complètement chaque secteur individuel. Les analyses actuelles ne comprennent pas certains secteurs qui sont des usagers importants des écosystèmes marins mais pour lesquels des données statistiques uniformes ne sont pas encore disponibles, tels que les loisirs et le tourisme.

L’analyse se fonde (en grande partie) sur les données statistiques pour lesquelles, dans la mesure du possible, une nomenclature des secteurs convenue à l’échelle internationale est utilisée basée sur la Nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté Européenne (NACE), un système de classification à l’échelle de l’UE permettant de définir avec exactitude les secteurs dans les données statistiques. Des évaluations futures telles que les scénarios « au fil de l’eau » peuvent être entreprises après cette première étape importante.

Biens et services écosystémiques: Liens entre les analyses économiques et les utilisations du milieu marin

Les utilisations de la mer exercent diverses pressions sur les écosystèmes marins et peuvent entraîner la dégradation du milieu marin et en fin de compte la perte des écosystèmes et de leurs biens et services. On définit les services écosystémiques comme des avantages qu’ils présentent pour l’homme et les contributions directes et indirectes des écosystèmes au bien être de l’homme (Grizzetti et al., 2016). Le concept de biens et services écosystémiques explique simplement comment les liens entre le bien être économique et social et la santé des écosystèmes grâce au flux des biens (par exemple la quantité de poisson) et les pressions (par exemple la perte des habitats) qui affectent les écosystèmes et leur fonctionnement (voir la Figure 1).

Une importante force motrice de la mise en œuvre du concept de services écosystémiques est l’Action 5 de la Stratégie biodiversité de l’UE qui prévoit que, avec l’aide de la Commission européenne, les Etats membres cartographieront les écosystèmes et leurs services et en évalueront l’état sur leur territoire d’ici 2014, évalueront la valeur économique de ces services, et encourageront l’intégration de ces valeurs dans les systèmes de comptabilité́ et de notification aux niveaux de l’UE et national d’ici 2020. De plus, la Stratégie OSPAR pour le milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est, dont l’un des objectifs principaux est la mise en œuvre de l’approche écosystémique, est une autre force motrice de ces travaux. Cette stratégie engage les pays OSPAR à poursuivre la mise en œuvre progressive de l’approche écosystémique appliquée à la gestion des activités humaines afin de réduire les impacts sur le milieu marin, en prenant en compte toutes les pressions exercées par les activités humaines sur le milieu marin. L’une des directions stratégiques principales dans le cadre de cet objectif est le développement des méthodologies, notamment une analyse socio-économique de l’exploitation de la zone maritime OSPAR, à l’appui des évaluations pour déterminer si l’Atlantique du Nord-Est est exploité de manière durable. Une telle approche est celle des biens et services écosystémiques qui devra être développée plus avant dans un contexte régional. En se fondant sur les projets DEVOTES et le projet INTERREG VALMER, Börger et al. (2016) présentent certaines études de cas intéressantes sur l’utilisation des services écosystémiques dans le milieu marin (pêche, aires marines protégées et bruits sous-marins) pouvant être utilisées pour inspirer les travaux en cours d’OSPAR sur les évaluations socio-économiques. Des résultats essentiels de la mise en œuvre des services écosystémiques dans le cadre de la Directive cadre eau de l’UE seront également pris en compte, tels que ceux de ESAWADI(Approche par les services écosystémiques pour la mise en œuvre de la Directive cadre eau).

Figure 1 Cadre conceptuel d’évaluation des écosystèmes à l’échelle de l’UE montrant comment un écosystème dynamique fournit des services au système socio-économique et comment les forces motrices du système socio-économique ont un impact sur les écosystèmes (UE, 2013).

Cette section sera développée plus avant en 2018. On prévoit de présenter une analyse économique et sociale des secteurs sélectionnés (pêche et aquaculture, navigation, ports, industrie pétrolière et gazière et énergie éolienne offshore) en utilisant des indicateurs sélectionnés (valeur ajoutée brute, personnel employé et développement de la valeur de production). On prévoit de baser l’analyse sur des données statistiques, en utilisant autant que possible la classification NACE mentionnée ci-avant. Les données seront recueillies auprès des Parties contractantes en 2018.

La description de la distribution spatiale et de l’intensité des utilisations sélectionnées: pêche et aquaculture (Figure 2 et Figure 3), navigation (Figure 4), ports (Figure 5), industrie pétrolière et gazière (Figure 6) et énergie éolienne offshore (Figure 7) se fonde sur une série de cartes. Celles-ci se basent sur les flux de données OSPAR existants et d’autres sources, le cas échéant, et telles qu’identifiées. Elles permettent d’identifier les points chauds de certaines activités économiques pouvant être liés à des pressions environnementales potentielles.

Pêche et aquaculture

Des activités de pêche se déroulent dans l’ensemble de la zone maritime OSPAR. La Figure 2 montre l’abrasion du sol marin causée par la pêche démersale, à titre d’exemple de l’étendue spatiale de cette activité. LaFigure 2 ne comprend pas la pêche pélagique car une carte de l’intensité de la pêche n’a pas été disponible pour l’ensemble de la zone maritime OSPAR. Le tableau est diffèrent lorsqu’il s’agit de l’aquaculture, qui est négligeable à l’échelle nationale pour la plupart des pays OSPAR. Les sites de culture des mollusques et d’élevage des crustacés, de pisciculture et d’aquaculture en général (Figure 3) révèlent les différences de répartition dans l’ensemble de la zone maritime OSPAR. La plupart de la pisciculture a lieu en Norvège, en Ecosse et en Irlande alors que l’aquaculture des mollusques et crustacés est plus répandue.

Figure 2 Abrasion du sol marin causée par la pêche démersale (2014) dans la zone maritime OSPAR, exprimée selon le ratio de surface balayée (c’est-à-dire le ratio de la surface balayée (se basant sur les heures de pêche x la vitesse moyenne de pêche x la largeur de l’engin) divisés par la surface des carrés de grille évalués) Cette figure ne comporte pas toutes les données espagnoles et pourrait donc sous-représenter l’abrasion du sol marin le long de la côte espagnole. (Origine des données: OSPAR)

Figure 3 Sites d’aquaculture dans la zone maritime OSPAR (Origine des données : Accord de Bonn, Norvège, Espagne, EMODNet Human Activities)

Ports et navigation

L’activité économique liée à la pêche est généralisée dans l’ensemble de la zone maritime OSPAR bien que la navigation soit la plus dense dans la Manche et la mer du Nord méridionale où se situe la majorité des plus grands ports d’Europe (Figure 4) et à l’entrée de la mer Méditerranée. Il faut également tenir compte du trafic desservant les plateformes pétrolières et gazières offshore en mer du Nord ainsi que des nouveaux développements de parcs éoliens. Les principaux ports offrent une grande gamme de services de soutien, notamment la construction navale et l’entretien des navires et sont largement répartis le long des côtes OSPAR (voir la Figure 5).

Figure 4 Densité de la navigation dans la zone maritime OSPAR au cours d’une semaine en février 2017 (Origine des données : EMSA)

Figure 5 Ports dans la zone maritime OSPAR (Origine des données: portail EMODNet Human Activities)

Pétrole et gaz

Quelques Parties contractantes OSPAR pratiquent l’exploration pétrolière et gazière, le Royaume-Uni, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark possédant la majorité des installations (Figure 6). Le nombre d’installations offshore est relativement faible pour les autres pays.

Figure 6 Installations pétrolières et gazières dans la zone maritime OSPAR (Origine des données: OSPAR)

Energie renouvelable offshore

Une augmentation significative du nombre de développements d’énergie renouvelable dans la zone maritime OSPAR a été relevée ces dernières années, il s’agit en particulier des parcs éoliens, bien qu’ils soient concentrés principalement dans la mer du Nord au sens large et les mers Celtiques. Des développements supplémentaires sont également prévus. Ceux-ci, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Danemark, contribuent à la cible de l’UE pour l’énergie renouvelable, l’objectif étant que les sources d’énergie renouvelable fournissent 20% des besoins en électricité. Nombre de zones ont été réservées pour des développements supplémentaires, il est donc fort probable que ce secteur gagne en importance au cours des prochaines années (Figure 7).

Les parcs éoliens offshore tendent à être implantés dans des sites de plus en plus éloignés de la côte, il s’agit notamment des installations flottantes, et doivent donc aborder la question de la concurrence entre les utilisations de la zone côtière.

Figure 7 Parcs éoliens autorisés, opérationnels et faisant l’objet d’une demande de permis dans la zone maritime OSPAR (Origine des données : OSPAR)

Pour pouvoir ultérieurement réaliser une analyse économique et sociale des utilisations de la zone maritime OSPAR il y a lieu de :

  • quantifier les rapports entre les activités économiques et les pressions exercées sur le milieu marin et déterminer leur impact sur les bénéfices provenant de l’océan en termes de services écosystémiques;
  • développer une description uniforme de l’activité économique « loisirs et tourisme ». Il s’agit d’une activité importante aussi bien du point de vue de sa pertinence économique que de sa dépendance sur les écosystèmes marins mais il n’est pas encore possible de recueillir les données pertinentes de manière uniforme car elle ne possède pas de code NACE distinct.

Börger Tobias, Broszeit Stefanie, Ahtiainen Heini, Atkins Jonathan P., Burdon Daryl, Luisetti Tiziana, Murillas Arantza, Oinonen Soile, Paltriguera Lucille, Roberts Louise, Uyarra Maria C., Austen Melanie C. Frontiers in Marine Science, Volume 3, 2016, Pages 192, https://doi.org/10.3389/fmars.2016.00192

B. Grizzetti, D. Lanzanova, C. Liquete, A. Reynaud, A.C. Cardoso, Assessing water ecosystem services for water resource management, Environmental Science & Policy, Volume 61, July 2016, Pages 194-203, ISSN 1462-9011, https://doi.org/10.1016/j.envsci.2016.04.008.